LA MAISON DU CAP (Extraits)

 

                 Extrait:

 

                 A Noël, que nous passions depuis toujours chez moi, à la montagne, il eu un comportement stupéfiant. Odieux avec tout le monde, il faisait, plus encore que d’habitude, peser une tension  permanente sur tous les membres de la famille et en particulier sur moi. Rien ne semblait avoir grâce à ses yeux et je songeais de nouveau sérieusement à le quitter me demandant ad libitum quel sens avait cette vie. 

 

Un soir, alors que nous venions de nous coucher, nous continuions à dormir ensemble, il me tint des propos injurieux sur ma famille qui était, selon lui, raciste et vulgaire. Il m’affirma que mes parents n’étaient pas mes parents et que c’était la raison pour laquelle ma mère ne m’avait jamais aimé. Il avait honte d’être là et, ce sont là encore ses mots, il craignait, chaque nuit, que je l’assassine.

 

L’incohérence de ses propos me troubla au plus haut point.

 

Je me demandais s’il était atteint de démence ou si l’alcool - qu’il consommait sans mesure - avait fini par le rendre paranoïaque. J’étais au plus mal, désespérée et ne tenais debout que pour les enfants. Je retournais mille fois la situation dans ma tête me disant qu’il fallait que je sorte de cette relation qui abîmait Gasparine et Séraphin tout en me détruisant à petits feux. 

 

J’avais, pour lui plaire, après avoir repris, de nouveau arrêter de travailler et j’étais dépendante de lui financièrement. Lâche, je ne pouvais me résoudre à demander  le divorce, redoutant d’affronter sa méchanceté sans limite dont j’avais pu juger lors de ses agressions verbales mais surtout lors du divorce d’avec son ex-femme. J’avais compris qu’il était impitoyable et dépourvu de tout affect. J’étais convaincue qu’il s’ingénierait à me démunir de tout et surtout de mes enfants, qu’il n’aurait de cesse de leur faire croire, jour après jour, que c’est moi qui les avais abandonnés. 

J’étais donc prise au piège. 

 

Sitôt après ce Noël, il débuta un travail de sape permanent à mon égard. 

Tous les jours, sans témoin, il me dénigrait et m’invitait à partir. Tous les jours, il me proposait de faire venir ses avocats dans l’heure afin d’établir les papiers du divorce. 

Je lui répondais invariablement que si c’était son choix, il n’avait qu’à faire le nécessaire. Il n’en fit jamais rien. En revanche, il continua régulièrement à m’insulter lorsque nous étions seuls et à m’humilier devant les enfants. Il répétait de façon compulsive qu’il se tuait au travail pour nous offrir tout ce que nous avions et nous exposait dîner après dîner la reconnaissance de ses pairs à l’égard de ses talents et les sommes pharaoniques qu’il n’allait pas manquer de gagner.

Je tenais bon ne songeant qu’à protéger mes enfants de la folie de leur père et attendait avec impatience que ses nombreuses missions l’éloignent de la maison. Je pouvais alors enfin respirer et rigoler avec les enfants, partager un repas simple et écouter de la musique sans que cela ne fasse un drame.

Depuis des années je me battais comme une lionne pour que Séraphin poursuive son apprentissage du violoncelle afin de lui offrir la richesse d’un univers où son père n’avait aucune part ni compétence. Gasparine, elle, avait ses propres ressources depuis toute petite et il s’avéra qu’elle démasqua son père bien avant moi. Je mettais en tous cas à profit ses longues absences pour  leur apporter la légèreté.

 

J’avais alors croisé plusieurs fois et par hasard des victimes de pervers narcissiques et leurs récits résonnaient en moi. Je décidais de creuser cette voie et me rendis auprès d’ une association qui aidait les victimes de ces personnalités dangereuses.

Ondine, la femme qui me reçue m’écouta longuement et, alors que j’étais incapable de le formuler moi même, m’énuméra avec des mots justes toutes ces choses imperceptibles, impalpables et indicibles dont les pervers narcissique torturent leur victime. Elle me décrivit aussi le profil des victimes.  

Tout concordait. 

Elle m’expliqua notamment le double discours tenu par ces êtres qui ne cherchaient qu’à vous détruire, qu’à vous vider de votre propre substance ( et notamment de votre  créativité). Elle me décrivit ces processus qui finissaient par vous rendre fou, doutant de tout, incapable de retrouver votre dignité et surtout votre liberté. Vous étiez sous emprise et en échapper était un combat de titans.